La parabole de l’intendant infidèle

lundi 14 avril 2008
par Yves Gouast

La parabole de l’intendant infidèle est certainement l’un des passages les plus difficiles à comprendre si l’on ne prend pas le temps d’examiner attentivement les versets. Si on lit vite, on peut avoir l’impression que Jésus fait l’éloge de la malhonnêteté. Bien entendu, il n’en est rien.

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Après les paraboles du chapitre 15 de l’évangile de Luc, celles de la drachme perdue, de la brebis égarée et du fils prodigue, Jésus s’adresse de nouveau à ses disciples et non plus aux pharisiens. Ces treize versets de l’évangile de Luc sont probablement les plus difficiles à comprendre de tout l’évangile de Luc. Quand on lit cette histoire de l’économe infidèle, on pourrait croire qu’il y est fait un éloge de la malhonnêteté. Pourtant, nous allons voir que ce n’est pas le cas bien sûr.

Evangile de Luc chapitre 15 versets 1 à 13

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Dans cette parabole, l’homme riche représente Dieu. Tout disciple de Christ est comme cet intendant, économe des affaires de Dieu sur terre. Dans la parabole, l’économe est pris en faute et va se voir relever de ses fonctions. Alors rapidement, tant qu’il lui reste un peu de temps, il convoque ceux qui doivent de l’argent à son maître et s’en fait des amis en leur remettant une partie de la dette. Ainsi, il prépare son avenir car il n’a plus la force de travailler et a honte à l’idée de devoir mendier (même s’il n’a pas eu honte de voler.) Il se prépare de futurs amis pour après, pour être reçu chez eux. Aussitôt, on voit que l’homme riche loue cet homme injuste. La présentation de l’histoire est provocante ! Mais comme souvent avec la Parole de Dieu, il faut y regarder de plus près pour bien comprendre. Le verset 8 dit : « Le maître loua l’économe infidèle de ce qu’il avait agi prudemment. » Il n’est nullement dit que le maître était ravi de s’être fait voler. L’intendant infidèle a été prudent en préparant son avenir. Et Jésus surenchérit en poussant à se faire des amis avec les richesses injustes. Le côté provocant est en réalité une forme d’accroche. Celui qui lit est forcé de réagir !

Quel est le sens de toute cette parabole ?
Les richesses injustes, ce sont toutes les circonstances dont nous jouissons et dans lesquelles nous ne sommes pour rien. Comme le dit la chanson, on ne choisit pas les trottoirs de Manille, de Paris ou d’Alger pour apprendre à marcher. Pourquoi ne suis-je pas né au Tchad ou en Somalie ? Pourquoi suis-je né dans une société occidentale favorisée ? Si on pense à notre société occidentale, sur quoi a-t-elle fondé son niveau de vie ? Sur tout un ensemble de choses injustes : L’esclavage, le commerce triangulaire, l’exploitation des hommes par certains autres. Et que dire des échanges avec les pays dits « en voie de développement » qui se font grandement à leur détriment ?

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Je me souviens d’une chanson de Michel Sardou qui dit : « Y’a pas de café, pas de coton, pas d’essence, en France, mais des idées, ça on en a, nous, on pense. » Et le refrain reprenait : « On pense encore à toi, ô Bwana. Dis-nous ce que t’as pas, on en a. » J’ai parfois honte d’être un occidental. Pour que mon niveau de vie soit celui qu’il est, indirectement, celui d’africains, de chinois, etc. est moindre. Au Niger, depuis qu’on a découvert du pétrole de haute qualité, la vie des habitants a complètement changé… pour le pire. Les personnes qui habitent les villages environnants voient leur eau polluée, même la pluie qui tombe contient des particules chimiques, ils ne voient pas un centime de tout l’argent que la compagnie pétrolière verse aux autorités de ce pays-là à cause de la corruption et tout le monde se renvoie la balle : « Votre pipe-line est en feu et nous pollue » - « Oui, mais ce n’est pas sécurisé, si on envoie nos hommes réparer, ils se font enlever par des bandits. » - « Oui, mais s’il y a des gens malheureux qui en arrivent là, c’est parce que vous nous volez notre richesse. » - « Pas du tout, nous payons toutes les taxes demandées par votre gouvernement. » - « Oui, mais on n’en a pas vu la couleur. » - « Ah, mais ça on n’y peut rien. » Et on tourne en rond. Et moi après je fais le plein de ma voiture en pensant à ça. Chaque litre qui passe et que je paie au prix fort est payé à un prix encore bien plus fort par d’autres qui n’en profitent pas et qui n’ont rien demandé.

Parfois l’injustice est moins flagrante mais tout aussi criante. Pourquoi suis-je en bonne santé alors que d’autres souffrent ? Ou tout simplement pourquoi suis-je né alors que tant d’autres couples qui ont eu un enfant-surprise l’ont « tué dans l’œuf » par la pratique d’un avortement.

De simples gestionnaires
La vérité qui se cache dans cette parabole est que nous ne sommes que gestionnaires des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons. La vie que nous avons n’est pas le fruit du hasard, elle nous est donnée, avec la liberté qui lui est attachée. A nous de la gérer au mieux. La santé, les forces dont je dispose, me sont données en gestion. A moi de bien les utiliser, de les utiliser à bon escient, de ne pas les gâcher. Les biens matériels, certainement les plus injustes, doivent, de la même façon être bien utilisés.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Ce que le Seigneur voulait enseigner à ses disciples, et aux pharisiens qui écoutaient, c’est que nous sommes appelés à utiliser sagement nos biens matériels. Ce faisant, nous pouvons devenir des instruments de bénédiction jusque dans l’éternité. Nous pouvons, dès ici-bas, faire en sorte qu’un comité d’accueil nous attende quand nous arriverons au ciel.

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Voici ce que dit le prédicateur John Darby à propos de cette parabole :

D’une manière générale, l’homme est un économe de Dieu ; d’une autre manière et dans un autre sens, Dieu avait établi Israël pour être son économe, en le plaçant dans sa vigne, en lui donnant ses lois, ses promesses, les alliances, le culte. Mais Israël a gaspillé les biens de Dieu. Quant à l’homme, il s’est comporté en économe entièrement malhonnête. Que fait alors Dieu ? Il vient et, dans sa grâce souveraine, il transforme en semence de fruit céleste ce que l’homme a dégradé sur la terre. Les choses de ce monde étant placées entre les mains de l’homme, il ne doit pas s’en servir pour son bonheur présent qui exclut totalement Dieu, mais les utiliser en vue du futur. Nous ne devons pas amasser des biens pour le temps présent, mais les utiliser sagement en vue de constituer des trésors pour d’autres temps. Il vaut mieux tout investir en amitié pour plus tard que d’avoir de l’argent aujourd’hui. L’homme est voué à la destruction. C’est pourquoi il est un économe qui n’est pas à sa place.

Nous sommes sur cette terre comme cet intendant, en instance de licenciement. Un jour nous quitterons cette terre, sans rien emporter de matériel. Il est important de préparer l’avenir. Le Seigneur loue l’habileté de l’intendant et non sa malhonnêteté. Jésus donne en exemple cette ténacité, cette endurance, cette imagination qui manque bien souvent aux chrétiens appelés « enfants de lumière » au moment où il s’agit d’annoncer l’évangile.

"Pourquoi ne vous donnez vous pas des moyens pour vivre en accord avec vos convictions ?" semble-t-il nous reprocher. Il est illusoire de penser que l’on peut poursuivre les deux buts à la fois car on méprise l’un ou l’autre. Il est impossible de servir deux maîtres.

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Conclusion
Le message qui apparaît à la première lecture est surprenant : "Bien joué le malhonnête !" Mais en y regardant de plus près, on voit que ce que le Seigneur demande est d’être imaginatif dans l’amour de nos prochains et le souci des âmes perdues. Nous sommes invités à ne pas nous attacher à nos biens terrestres mais à les utiliser pour annoncer l’évangile. Il y a aussi un reproche, pourquoi si peu de zèle, de ferveur chez les croyants pendant que les non-croyants, ambitieux, se donnent beaucoup de mal pour servir leurs intérêts ?

Enfin, il semble que d’autres missions pourraient bien nous être confiées quand nous serons au ciel. Des missions d’une importance « véritable » si l’on en croit le verset 11. Je n’ai aucune idée de ce dont il peut s’agir, mais je crois que cela vaudra la peine. En attendant, faisons notre ouvrage sans rechigner.

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